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Yelena Faro, l’art de coucher des vies sur papier.

le 8 mai 2014
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Yelena a bientôt 24 ans, et le sens des mots au bout des doigts. Passionnée de poésie et de voyage, c’est en silence, avec un stylo et du papier que cette jeune fille d’Avignon aime parler de ce qu’elle aime, de ce qu’elle voit, et de toutes les autres choses qui nous parleront aussi. Ses deux premiers romans presque terminés, Yelena nous accorde un joli moment et quelques confidences.

 

Ben et Joss : Salut Yelena ! Tes textes ont l’air d’être écrits par une fille très passionnée, n’est-ce pas ?

Yelena : En effet, j’ai plusieurs passions. Lire est la chose dont je ne pourrais jamais me passer (ça et la nourriture). Je suis plutôt éclectique dans mes choix mais si je devais citer mes genres préférés, la SF et la poésie arriveraient en tête. D’ailleurs, j’adore Ray Bradbury car je trouve son écriture vraiment très poétique. Ce n’est pas qu’une simple histoire d’habitants de Mars, c’est tout l’onirisme qui va avec qui me touche.

Autre chose qui me passionne : le voyage. Je ne fait pas partie du groupe des nomades, bien que j’admire ces personnes dont je suis les blogs parfois assidûment, mais c’est quand même quelque chose qui prend une place importante dans ma vie. D’ailleurs, comme j’aime bien lier mes passions, quand c’est possible je lis des auteurs du pays que je visite, et je passe le séjour à manger des plats nouveaux. Cela donne des choses étranges comme à Prague, où j’ai mangé de la viande avec de la chantilly.

Enfin, il y a évidemment l’écriture. Finalement, je la cite en dernier car elle est un peu au carrefour de tout ce que j’aime dans la vie. C’est parce que je lis, parce que je voyage, parce que j’aime, parce que je découvre que j’ai envie d’écrire (et décrire du coup).

 

BJ : Quels sont tes parcours scolaire et professionnel ?

Yelena : Alors, j’ai intégré une licence de sociologie dans le but de devenir professeure des écoles. Puis l’arrivée massive de la mastérisation (avec tous les problèmes liés) m’a poussé à réellement m’interroger sur mes choix, mon envie. En parallèle, j’avais également mes premières expériences professionnelles : je cherchais le contact, j’aimais apporter une certaine aide aux gens, les aiguiller. Du coup je me suis réorientée après avoir décroché ma licence et me voici à un mois de passer mes examens de fin d’études et de pouvoir enfin dire : je suis assistante de service social. Et ca me plait !

 

BJ : Quelle place accordes-tu donc à l’écriture dans ta vie ?

Yelena : Malheureusement pour elle, l’écriture a une place en constant mouvement. C’est elle qui en a pâti le plus ces trois dernières années, tant j’étais à fond dans mes études. Mon rythme de lecture a aussi sacrément diminué mais pas tant que ça. Et pourtant, paradoxalement, c’est là que je me suis lancée réellement et avec sérieux dans cette passion. C’est lors de l’été 2012 que j’ai fini mes deux romans qui vivotaient depuis des années, et je m’occupe de les aboutir définitivement après mes examens.

En 2013, j’ai connu mes premières joies d’être publiée dans des webzines. Ca paraît petit, mais c’était une première reconnaissance. Je crois que c’est ce qui m’a motivé à continuer. Il y a des gens, pas beaucoup certes, qui aiment ce que je fais. C’est vrai, on écrit pour soi, mais c’est quand même mieux quand en prime il y a des lecteurs qui apprécient nos écrits. Je me suis également enfin confrontée au Prix du Jeune Ecrivain, pour l’instant avec peu de succès. J’ai pu apprendre, avec des retours constructifs et intéressants, mais aussi comprendre que les retours ne sont pas paroles d’évangile et ne sont pas tous pertinents. Cela m’a permis de prendre plus de confiance en moi.

 

BJ : Tes paroles vont certainement parler à beaucoup de créatifs ! Quelles sont tes inspirations ?

Yelena : La nature, le surréalisme et les relations humaines, et les contes et légendes, pour les inspirations principales. C’est ce qu’on retrouve dans mes gros projets, sans le surréalisme, car n’est pas Eluard qui veut, mais je cherche ces descriptions, ces détails un peu loufoques, étranges.

 

BJ : Quand et comment as-tu commencé à écrire ?

Yelena : Je vais être classique dans ma réponse, mais j’écris depuis longtemps, depuis que je lis. Cependant, j’ai eu un vrai déclic à la lecture du magasine W.I.T.C.H qui raconte une bande de 5 nanas avec des pouvoirs. Bref, c’était les Totally Spies de l’époque et j’en étais juste raide dingue. J’ai commencé à travailler sur l’écriture au lycée, avec les écrits d’invention. J’avais de très bons retours de ma prof de français, c’était chouette. C’est là que les rêves ont vraiment germé : écrire, un jour, quelque chose qui serait lu par quelqu’un qui ressentirait la même chose que ce que je ressens lorsque j’ouvre un livre : du bien-être.

 

BJ : Si tu devais te projeter dans 10 ans … ?

Yelena : Je suis assistante sociale à l’Education Nationale, mon compagnon est toujours à mes côtés, on se prépare à aller à Tahiti avec notre formidable fille ou garçon pour que je puisse leur faire découvrir mes racines, et j’emporte dans mes valises le manuscrit de mon quatrième ou cinquième roman. Les précédents étant édités, cela va de soi ! (Rires).

 

BJ : Quelle précision, quelle détermination ! Peux-tu être aussi précise pour nous parler de ce qu’est-ce que l’art pour toi ?

Yelena : Alors ça c’est de la question. L’art c’est tellement vaste ! Photo, théâtre, ciné, musique, dessin, peinture, écriture, chant … J’adore l’art dans le sens où la majorité de mes activités tourne autour. Concernant plus précisément mon rapport à l’écriture, ce n’est pas tout les jours facile. Parfois j’ai l’impression de ne rien valoir et j’ai envie de tout envoyer balader, je me dis que c’est dur de retravailler ses textes et la rigueur qui y est associée. Mais ça vaut le coup !

 

BJ : Bien sûr ! Quelle est la prochaine étape de ton parcours artistique ?

Yelena : A partir de l’été 2014, je commence la correction de mes deux premiers romans, et j’ai hâte. J’ai également un troisième projet à terminer…!

 

Propos recueillis par Laurie Darmon


Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir un texte de Yelena Faro, parce que le bonheur de la lecture doit être partagé. Voici le premier texte qu’elle soumet à ses précieux lecteurs, La Balade en Diagonale. Enjoy your reading !

 

Sous l’assaut frénétique de mon réveil, j’ai finis par capituler et émerger de mon délicieux repos. Je me suis frotté les yeux pour chasser ces poussières de sommeil qui collaient mes paupières. D’un geste peu assuré, j’ai enfilé une jupe de feuilles de chêne et un haut en fibre de noix de coco ; sans oublier le classique poireau, glissé à la ceinture.

J’étais fin prêt pour affronter cette nouvelle journée. Serait-elle tonitruante ? Excitante ? Rocambolesque ? En demi-teinte ? Les crayons décideront.

Je fermais derrière moi la porte de mon arbre, afin que les chats ne viennent pas en catimini jouer du piano ou se cacher dans mes cartons. Ils n’imposeront pas leur pouvoir chez moi ! Distraitement, je saluais Irène, ma voisine, qui voletait au-dessus de moi. Elle devait certainement se rendre à son cours de facéties, donné par l’illustre Kowagi le farfadet. Avec un soupir blasé, j’imaginais à quel point mes prochains jours allaient être difficiles.

 

J’enfilais mes souliers de 27 lieux, attachés sagement au buis d’amarre, près du sentier. Leur dernière fugue me restait encore au travers de la gorge et je préférais être prudent. Les traces de dents sur le filin d’araignée confirmèrent ma décision. J’avais bien fait ! Ces souliers étaient pratiques (grâce à eux j’allais d’un bout à l’autre du pays rapidement et sans fatigue) mais particulièrement capricieux. Mes destriers enfourchés, je me rendis au Meme-orium où ma directrice en chef devait me donner les indices pour ma prochaine recherche. J’avais été très rigoureux et inventif la dernière fois. Par mon travail la science avait avancé sur l’algorithme cheveux-shampoing-fille. J’espérais une promotion, je visais quelque chose de plus subtil. C’était cela qui rendait la recherche du meme passionnante : la diversité.

Perdu dans mes pensées, je pris conscience que mes souliers m’avaient emmené au bon endroit. Quelle étrange docilité aujourd’hui ! Je lissais ma jupe de feuilles froissée par le vent, accrochais mes compagnons au buis d’amarre et entrais la démarche fière sur mon lieu d’emploi. Ma directrice était dans le hall, écoutant avec compassion le compte-rendu d’un chien qui n’avait aucune idée de ce qu’il faisait. À ma vue, elle congédia le pauvre diable et vint à ma rencontre. Sa robe d’oiseaux eut un temps de retard et j’eus le loisir de pouvoir admirer les pages de livres qui couvraient son corps aujourd’hui. Cette femme savait tout, absorbant toutes les connaissances qui se baladaient près d’elle. Je remarquais un audacieux papier sur une méduse immortelle. Fascinant !

-       Lexibor, enfin vous voilà ! J’ai un gros coup pour vous, un très gros coup.

Mon cœur se gonfla de fierté à ces mots et je la gratifiais d’un chaleureux salut. J’étais frénétique, impatient. Quelle serait ma quête ?

-       Soyons clairs, il ne s’agit pas d’un meme.

La déception me fusilla avec violence et j’eus beaucoup de difficulté à contenir mes émotions.

-       Coloriez votre visage mon ami ! Ce que je vous offre est encore mieux. C’est un étrange oiseau bleu, dont le gazouillis serait très bref. J’ai peu d’informations, on est à la limite de la réalité et du mythe, un mélange de légende et d’hoax.

Mes yeux pétillaient d’arc-en-ciel. Cette quête était extraordinaire ! J’allais rentrer dans l’Histoire avec un Grand, Grand H. Ma directrice finit par prendre congé et fila prendre sa fusée à moutons, direction le Congrès des Magiciens Farceurs. Mon attention se détourna vite de la vie endiablée de ma directrice pour prendre à bras le corps mon mystère. Me saisissant du téléphone du standardiste italien, plombier à ses heures perdues, j’appelais Macha du service cartographie afin d’avoir la dernière mise à jour du monde. Ce serait stupide de se perdre dans les flux à cause d’une mauvaise préparation ! Sitôt demandée, sitôt délivrée, je pus entamer mon périple, poireau à la ceinture, carte sous le bras.

 

Mes souliers dociles m’aidèrent à avaler rapidement les kilomètres de la map. Les chemins s’enchaînaient et je pus croiser de nombreux personnages haut en couleur qui resteront gravés dans ma mémoire. Comme cet homme nu qui se baladait inexorablement en arrière plan, ou encore ces habitants d’un village incongru, tous horriblement mal habillés. J’avais également lâchement baissé les yeux et accélérer ma course en croisant le lynchage de deux jeunes troubadours. Naïfs, ils s’étaient exposés aux oreilles de la foule avant d’avoir mûris. Vindicative, exigeante, celle-ci répondait avec une violence inouïe.

 

Brusquement je m’arrêtais, l’émotion me serrant le ventre. J’étais face à un majestueux saule pleureur dont les longues branches tombaient avec grâce en caressant le sol. Derrière ce rideau végétal se trouvait l’ultime sentier vers l’oiseau bleu. Vers ma consécration. Fermant les yeux de ravissement, je franchis le dernier obstacle … et butais contre une pancarte de bois moulue. Estomaqué, j’eus du mal à déchiffrer l’inscription fatiguée.

 

« 404 Not Found ».

 

Et merde …

Yelena Faro


Pour suivre son actualité : Son siteFacebook, Page Artiste sur Ben et Joss.

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