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La régulière proposée par Jacques

 le 15 avril 2014
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Savez-vous que nous ne sifflons plus ?  Tel est le résultat alarmant d’une étude australienne dont un hebdomadaire national a jugé nécessaire de se faire l’écho. Cette inhibition du sifflement dans la vie quotidienne serait due, selon cette étude, à deux phénomènes concomitants, à savoir d’une part un usage abusif des oreillettes, d’autre part la difficulté à reproduire les mélodies de la plupart des chansons en vogue. L’auteur de l’article déplorait par ailleurs les effets préjudiciables sur nos capacités pulmonaires de cet arrêt inopportun du sifflement.

Dans le même journal, quelques pages plus loin, un autre articulet évoquait la tendance de plus en plus manifeste des états à ériger des murs à leurs frontières, en fait plus symboliques que réellement opérants, pour se protéger, qui d’ intrusions terroristes, qui d’une immigration incontrôlée. Je me suis permis un rapprochement, certes très hasardeux, de ces deux articles qui me semblent significatifs de notre repli sur nous-mêmes, à l’échelle individuelle et à l’échelle de nos sociétés.

« Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson », disait Aragon. Le siffleur, en même temps qu’il laisse libre cours à l’expression publique d’une émotion, reproduit quelque chose qui peut être d’un patrimoine commun, d’une sensibilité partagée. Il traduit ainsi sa façon d’être au monde. Le porteur d’oreillettes, outre qu’il encourt le risque d’une surdité précoce, et donc d’un isolement encore plus grand à l’égard du monde extérieur, se coupe des sensations que pourrait susciter en lui le dit monde extérieur, pour être livré à ses seules sensations internes, probablement moins pour alimenter son imaginaire que pour saturer ses circuits cérébraux et inhiber sa capacité à penser.

A moins qu’il n’ait l’opportunité de sortir de son incommunicabilité en sentant vibrer son téléphone portable. On a les vibrations qu’on peut et la communication qu’on mérite.

Tous ces murs symboliques que l’on dresse autour de nous, les états les érigent concrètement pour se préserver de la menace représentée par leurs voisins ; nous défendons de plus en plus nos modes de vie et nos identités, voire notre existence, en tentant de délimiter nos territoires, réels ou symboliques, par des murs, matériels, technologiques ou législatifs. Dans un monde où la crainte de voir se diluer nos identités peut conduire au repli et à la défiance de l’autre, nous tentons de matérialiser nos frontières. Quand l’ouverture aux autres crée le sentiment d’une dangereuse perméabilité, il n’y a plus de place que pour le repli.

Nous ne prendrons certainement pas nos sifflotements pour les trompettes de Jericho, mais à chacun ses moyens pour se laisser respirer le monde alentour.

 

Jacques

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